Les éléments (quasi) obligatoires et autres clichés propres au genre.
Une impression de déjà-vu ?
Comme son proche cousin le film catastrophe, le film d’agression animale s’avère être un genre très balisé, qui possède ses propres clichés et éléments que l’on retrouve dans 90 % des productions de la grande famille des animaux tueurs, le pourcentage restant sortant heureusement des sentiers battus. Que ce soit les titres issus des années 70, se rapprochant plus du genre catastrophe, ou les métrages plus récents, généralement un peu plus typés action ou virant au slasher animalier, la structure demeure souvent identique.
Ce qui suit est surtout valable pour les titres calqués sur le chef-d’œuvre de Steven Spielberg, Les Dents de la mer, mais les films s’inspirants du magnifique Willard de Daniel Mann, comme Stanley, L’Horrible Carnage, Mygale et d’autres possèdent également leur lot plus que troublant de points communs. Les Creature Features ne sont pas épargnés non plus par ces similitudes. Bon nombre de spectateurs, assidu ou non du genre, ont pu faire ce triste constat en tombant plusieurs fois de suite sur les programmes de seconde partie de soirée de chaînes télévisées comme M6 ou les petites nouvelles de la TNT.
La ou les bestioles.
Bien évidement, pas question de tourner sans que les scénaristes et les réalisateurs aient arrêté leur choix sur une espèce animale particulière, et de ce côté-là, l’imagination fertile de ces hommes ne cessera de nous étonner. Des habituels squales affamés et chiens féroces aux tigres mangeurs d’hommes, en passant par les plus improbables limaces tueuses, moutons avides de chair humaine, crabes géants et autres belettes radioactives, la liste est impressionnante. Le choix de l’espèce est fonction du lieu dans lequel va se dérouler l’action, sur la terre ferme ou dans les profondeurs océaniques, mais également selon le pays ou le continent. N’oublions pas non plus l’influence non négligeable d’éventuelles productions à succès sorties ou à-venir sur les écrans.
L’exemple de Les Dents de la mer est assez significatif, puisque dans son sillage non seulement bon nombre de requins-tueurs apparaissent subitement dans toutes les mers du globe, mais ces derniers sont accompagnés de très nombreux rejetons issus de la faune aquatique : piranha, pieuvre, calmar, orque, anguille, etc.
Selon l’espèce choisie, le nombre d’individus est important. Si un unique grizzly suffit à faire peur, une petite abeille isolée, qu’elle soit dangereuse ou non, manquerait clairement d’impact à l’image. C’est alors souvent sous forme d’essaims meurtriers, de meutes enragées ou de légions d’insectes grouillants que prennent forme nos pires cauchemars. Si le réalisateur, pour une raison quelconque, décide de n’utiliser qu’un nombre restreint de créatures, ce dernier s’arrange généralement pour que celles-ci atteignent une taille démesurée, se souciant alors bien peu de la crédibilité scientifique d’une telle croissance (1).
Plus le ou les animaux sont fascinants, énormes, voir innombrables ou dotés d’une mutation des plus hallucinante, bref tendant vers le prédateur ultime, mieux c’est.

Tarantula (1955)
(1) The Biology of B-Movie Monsters
http://fathom.lib.uchicago.edu/2/21701757/
Pourquoi tant de haine ?
En effet, il faut bien donner une raison plus ou moins valable à cette soudaine envie de croquer de la part de l’animal, et là encore, le manque d’originalité est une des caractéristiques principales du genre. Les causes peuvent être de source naturelle et environnementale, ou résulter d’une origine scientifique plus ou moins douteuse. Le seul point commun est que l’Homme, doit obligatoirement être à l’origine du problème. La revanche de la nature n’est en effet que le résultat d’une action d’origine humaine, plus ou moins évidente selon le film. Il existe quelques exceptions à cette règle, mais elles demeurent très rares, les menaces écologiques et scientifiques s’accaparant la quasi-totalité des productions. Les sujets les plus utilisés par les scénaristes sont la pollution (déversement de produits toxiques ou chimiques), les radiations (bombes ou expériences scientifiques et/ou militaires), l’empiétement sur le territoire de dame Nature (projet immobilier quelconque), et les manipulations génétiques (tout est envisageable, même les plus improbables). Les pistes de la possession démoniaque, de la maltraitance animale ou d’une catastrophe naturelle ne sont pas à négliger, bien que beaucoup moins courantes. Si le clonage peut être l’une des causes rendant un animal fou et ivre de vengeance, on se rend compte que cette thématique est bien plus efficace concernant la duplication des scénarios…
Où et quand ?
Selon l’impact voulu par le réalisateur, et l’approche choisie par celui-ci, s’orientant soit vers le film de monstre, soit vers le film catastrophe, le choix du lieu de l’action est important. Bien évidemment, le budget alloué à la production peut guider ce choix.
Une invasion de rats ou d’abeilles tueuses s’avérera être plus efficace au sein d’une grande ville, permettant l’invasion de lieux publics et provoquant les habituelles scènes de panique durant lesquelles les gens courent dans tous les sens, hurlent et succombent aux assauts meurtriers.
Alors que de leur côté, un grizzly tueur ou un chien enragé trouveront plus naturellement leur place dans des lieux isolés, forêt ou ferme par exemple, ou encore dans des petites bourgades situées loin de toute vie. Cette approche, nettement moins spectaculaire, permet néanmoins de créer une ambiance plus pessimiste, jouant sur le peu d’échappatoires possible et le sentiment d’isolement. A noter que la petite ville est souvent en extension, ce qui a généralement un rapport avec l’arrivée de l’animal tueur. Plus rares, d’autres espaces sont aussi colonisés par les bestioles, des lieux confinés sans aucune issue de secours aisément accessible, par exemple un sous-marin, un bateau, un train ou un avion. Reste ensuite à envoyer les futures victimes sur place, là par contre tout est envisageable, du camping sauvage à l’expédition scientifique.
Bien entendu, tout n’est pas figé, et il est tout à fait possible qu’un ours énervé s’échappe dans une mégalopole ou de faire envahir un village par de voraces cafards grouillants.
Une fois le lieu choisi, il reste à trouver l’évènement typique permettant de remplir les rues de proies potentielles. Là tout est possible, mais en général les mêmes idées reviennent tout le temps : les vacances et leurs lots de touristes ahuris, une petite fête quelconque (fête du miel, de la grillade, un mariage, etc.), ou un rassemblement plus important (jour de l’indépendance, un carnaval, l’inauguration d’un ensemble immobilier, etc.) Bref, peu importe la justification, il faut juste que les animaux tueurs aient le plus de monde possible à se mettre sous la dent.
Les personnages
Ici aussi le traditionnel est de mise et certains caractères prédéfinis semblent en effet inévitables. Comme dans le genre des films catastrophes, des personnages types reviennent très régulièrement, peu ou pas modifiés, un peu comme si les scénaristes avaient un certain nombre de fiches préremplies et numérotées, tirant aux dés selon leurs besoins.
Les protagonistes principaux, généralement un homme et une femme, avec un enfant pour l’un des deux. Ces derniers affrontent une période de remise en question, liée à des déboires personnels ou professionnels, et qui au travers de l’expérience vécue vont repartir de l’avant.
S’ils sont divorcés ou séparés, ils vont finir à nouveau ensemble, et si les 2 sont célibataires, pas de surprise non plus, une nouvelle vie commence pour eux. Leurs emplois peuvent varier, mais c’est souvent un truc genre pompier, policier, professeur, cadre, bref un poste à visage humain et accessible, auquel le spectateur peut facilement s’identifier.
Si aucun des deux comédiens n’est chercheur et/ou spécialiste de l’espèce tueuse concernée, une caution scientifique est de rigueur. Herpétologiste, entomologiste, océanographe, bref un expert qui tombe pile-poil se doit de soutenir officiellement la thèse avancée en ce qui concerne l’origine des morts suspectes. Son avis ne vaut rien pour le politicien local, et parfois guère plus pour le spectateur tant les pseudo-justifications sont tirées par les cheveux ou complètement farfelues. Ses seuls appuis sont ceux des personnages principaux, et il est malheureusement rare que ce personnage survive jusqu’à la fin. À noter que très souvent, par chance l’homme est déjà présent sur place, rien d’étonnant donc à trouver un doctorant en biologie dans un bled de soixante personnes situé au milieu d’une forêt du fin fond de la Louisiane.
Un politicien local, maire de préférence, ou un équivalent à chercher dans les grands pontes de la ville, comme un riche promoteur, le chef de la police locale, etc. Ces derniers discréditent toutes les thèses avancées concernant la présence d’un animal mangeur d’hommes dans le coin, et ce, quelques soient les preuves présentées. Dans quasiment tous les cas, pour des raisons financières, ils agissent à l’encontre du bon sens en refusant de faire annuler la fête prévue, de fermer les plages souillées par le sang des baigneurs croqué ou encore de stopper les travaux du parc d’attractions qui empiète sur le marécage ou le vieux cimetière indigène du coin. Ce vil personnage termine généralement (ou en partie) dans le ventre de l’animal tueur.
La figure autoritaire dépassée par les évènements, shérif, garde-côte ou forestier, enseignant, ou autre, qui généralement ne croit pas aux arguments avancés par les protagonistes principaux et leur met parfois des bâtons dans les roues avant de faire marche arrière. Un pauvre bougre, un peu bête, mais finalement pas si méchant que ça, destiné à apporter un peu de nuance quant aux arguments avancés par les héros et ceux réfutés par le politicien en place. Son avis change généralement en milieu de film, une fois que ce dernier à assisté à la mise a mort d’un ami - collègue de travail - membre de sa famille, déchiqueté par le ou les animaux tueurs du récit.
Les victimes. Souvent un groupe d’adolescents décérébrés, qui ne pensent qu’à se bourrer à la bière et à mater les nichons de leurs amies, ou d’adultes guères plus raisonnables que leur descendance. Les caricatures sont généralement tellement extrêmes qu’il est difficile de s’identifier à l’un d’entre eux. Tant mieux puisqu’ils sont destinés à terminer leur existence déchiquetée, démembrée, ou dans l’estomac de l’animal tueur. À la manière des slashers, ça ratisse large. Du noir sympa ou rigolo, aux beautés fatales, qui suivant le budget nous gratifierons d’un ou plusieurs plans nichons, en passant par le baroudeur qui à tout fait et tout vu, les préjugés ont la vie dure et l’originalité manque singulièrement.

Les Rats de Manhattan (1984)
Optionnels
Le savant fou. En option. Ce personnage, s’il est présent, est généralement à l’origine de la mutation ou de la présence du monstre dans les parages. Souvent lié au politicien véreux, l’homme est obnubilé par ses desseins, qui peuvent être assez variés (vengeance, pure expérimentation scientifique, contrôle du monde, etc.) Comme il est en avance sur toute la communauté scientifique en activité dans le monde, les clonages ou expérimentations les plus insolites sont autorisées. La présence possible de femmes-araignées, d’un homme-rat, de mutants hommes animaux divers et variés, de tomates tueuses ou de musaraignes géantes, n’est alors plus du domaine de la science-fiction.

Le Retour des tomates tueuses (1988)
Le ou les indigènes. En option. La présence d’un ou plusieurs natifs est souvent destinée à donner un petit côté mystique à l’ensemble. Ce personnage à la même utilité que le scientifique, sauf qu’il tire ses arguments d’anciennes légendes locales que personne ne prend au sérieux. Il est aussi possible que ces derniers soient à l’origine de la venue de la créature, voulant défendre la nature ou leur peuple face à l’avidité et l’irrespect de l’homme blanc. Dans quelques cas, il se peut que l’autochtone soit aussi l’un des deux personnages principaux.

Les Dents de la mort (1987)
Le final.
Peu importe qui reste en vie à la fin de l’aventure, le baiser entre les deux personnages principaux est de mise, s’il n’a pas eu lieu auparavant bien entendu. C’est aussi ce moment-là que choisi l’animal domestique, généralement un chien, pour revenir vers ses maîtres, sauf s’il à été croqué dès le début du film, second et unique choix disponible pour lui suivant les besoins du scénario.
Mais la principale spécificité du genre demeure la fin dite « ouverte ». Le dernier plan s’attardant sur un vague remous dans l’eau, un œuf en train d’éclore ou un cri déchirant qui nous informe sur le fait qu’en réalité rien n’est vraiment terminé. La soif de vengeance de la nature envers l’homme n’est pas tout à fait assouvie, mais surtout cela permet aux producteurs d’envisager facilement une suite dans le cas ou le film serait un succès au box-office. Enfin, qu’elle soit présente ou pas, une suite est toujours possible, et dans la majorité des cas, les arguments justifiants le retour du monstre ne sont pas des plus crédibles.
Carcharoth, le 01/02/2008
Très intéressant je rajouterait aussi dans le final : la-petite-phrase-de-la-mort-qui-tue. genre “crève saloperie” lors de la mise à mort du monstre
Mais sinon d’accord pour tout le reste