Animaux tueurs au cinéma : Les années 60 : l’oiseau de mauvais augure.

Gorgo (1961)Dans le prolongement des productions des années 50 et bien qu’en nette diminution, les créatures géantes et autres mutants mi-homme mi-animal continuaient à envahir nos écrans. Roger Corman réalisait alors l’anecdotique mais sympathique La Femme guêpe (1960) ainsi que La Créature de la mer hantée (1961), et son monstre qui ne ressemble pas à grand chose. La famille s’agrandie avec l’arrivée de l’homme-araignée de La Mort dans le filet (1960) ainsi que de la vilaine Femme reptile (1966). Par contre, contrairement à ce que son titre pouvait laisser percevoir, The Snake Woman (1961) présente non pas une mutation aberrante, mais tout simplement une femme capable de prendre la forme d’un serpent.
Alors que les primates plus ou moins géants de Konga (1961), Jungle 2000 (1968), King Kong s’est échappé (1967), ou encore le gorille pervers, amateur de nudistes de The Beast That Killed Women (1965) pourchassaient inlassablement des jeunes filles, les végétaux en profitaient pour se rebeller contre l’homme. La révolte des Triffides (1962) et ses plantes venues de l’espace, l’armée affrontant des arbres tueurs dans The Navy vs. the Night Monsters (1966), la plante carnivore gigantesque de La Petite boutique des horreurs (1960), ou la vigne tueuse du Train des épouvantes (1965), toutes allaient donner pas mal de fil à retordre à l’espèce humaine.

Les reptiles géants et autres dinosaures continuaient périodiquement leurs œuvres de destruction massive, dont on retiendra surtout le très touchant et spectaculaire Gorgo (1961), la fabuleux Un Million d’années avant J.C. (1966), permettant de se rincer les yeux grâce à la présence de la belle Raquel Welch et de Ray Harryhausen en charge des effets spéciaux, ou encore de l’amusant La Vallée de Gwangi (1969) et ses dinosaures parachutés au milieu de cowboys. Le premier remake de The Lost World (1960) réalisé par Irwin Allen, pointait aussi le bout de son nez avec ses reptiles déguisés en guise de sauriens. Parmi les titres un peu moins séduisants, on peut citer Les Monstres de l’île de feu (1960), l’immonde Reptilicus (1961) et sa marionnette défonçant des immeubles en carton, Varan the Unbelievable (1962) et Voyage sur la planète préhistorique (1965) et ses dinosauriens extra-terrestres. Les écrits de Jules Verne continuent de faire rêver, et la magnifique adaptation de L’île mystérieuse par Cy Endfield voyait le jour en 1961, peuplée d’énormes bêtes animés par les superbes effets spéciaux de Ray Harryhausen.

Konga (1961) The Horror of Party Beach (1964)
Konga (1961) The Horror of Party Beach (1964)

Un peu plus en marge, des bestioles insolites faisaient aussi parler d’elles, comme la créature franchement drôle de The Horror of Party Beach (1964), les mutants amphibiens très moches de La Malédiction des grands fonds (1966), les humanoïdes-champignons d’Attack of the Mushroom People (1963), ou encore le risible homme-méduse de Sting of Death (1965).

Mais, cette décennie va surtout engendrer l’apparition à l’écran d’animaux tueurs qui ne sont plus de taille démesurée. En soit, ce n’est pas vraiment une nouveauté, puisque qu’entre autres les squales d’Opération requins blancs (1954), les tigres d’Harry Black (1958) et de Le Mangeur d’hommes (1948) se faisaient déjà les dents sur l’homme durant les années 40 et 50. Mais la présence d’espèces tueuses était alors généralement réservée aux productions d’aventures et autres films de jungle. Des fauves dressés de L’Armée sauvage (1963) à l’ours tueur de La Nuit du grizzly (1966) en passant par les mortelles abeilles de The Deadly Bees (1966) ou celles de War of the Insects (1968), la longue liste ne faisait que commencer. Citons aussi les chats de Les Griffes de la peur (1969), les requins gardiens de trésor de Shark : le mangeur d’hommes (1969), ou encore l’histoire d’amitié entre un jeune garçon et un squale dans Ti-Koyo et son requin (1964).

Les Oiseaux (1963)Pourtant, c’est le fantastique et terrifiant Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, adapté des écrits de la romancière britannique Daphne du Maurier, qui allait vraiment révolutionner le genre, à la manière de King Kong à son époque. L’invasion cauchemardesque de la petite ville côtière de Bodega Bay par des milliers d’oiseaux agressifs envers l’homme est tout simplement pétrifiante. Si The Birds résulte des productions de science-fiction de la décennie, il n’est plus question ici de peurs et paranoïas liées aux avancées technologiques militaires. L’aspect écologique au sens propre du terme entre en jeu. Bien évidemment, les bombes atomiques ont des effets désastreux sur l’environnement, mais la notion de thriller écologique, ou de film catastrophe écologique allait dès maintenant avoir un digne représentant, bien plus proche des craintes des spectateurs d’alors.
L’œuvre d’Hitchcock allait préfigurer un nombre inouï de descendants, même s’il allait falloir attendre l’avènement de Willard (1971) puis de Les Dents de la mer (1975), pour que la machine s’emballe réellement. À noter qu’une suite anecdotique à The Birds a vu le jour bien plus tard, en 1994, intitulée tout simplement Les Oiseaux 2.

Shark : le mangeur d'hommes (1969) La Nuit du grizzly (1966)
Shark : le mangeur d’hommes (1969) La Nuit du grizzly (1966)

Carcharoth, le 03/02/2008

Lire la suite : Animaux tueurs au cinéma : Les années 70 : explosion du genre et prise de conscience écologique.

Comments

2 Responses to “Animaux tueurs au cinéma : Les années 60 : l’oiseau de mauvais augure.”

  1. Captain Midnight on février 8th, 2008 13:05

    A noter, le film de requins précité “Ti-Koyo et son requin” (1964) a eu une sorte de remake en 1981, “Beyond the Reef” :
    http://www.imdb.com/title/tt0082070/

  2. Carcharoth on février 8th, 2008 17:10

    En effet, j’étais tombé sur la fiche Imdb de ce film, il faudrait à l’occasion que je commande ça. D’ailleurs il va aussi falloir que je mette la main sur Ti-Koyo un de ces jours.

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