Nu Image et les productions d’animaux tueurs
Parce que le monde contemporain du film d’agression animale ne serait pas aujourd’hui ce qu’il est sans Nu Image, voici une petite présentation de la boîte ainsi qu’une liste de toutes leurs productions mettant en scène des animaux tueurs.
Après une expérience longue de plusieurs années dans le monde du cinéma, Avi Lerner décide de quitter l’Afrique du Sud et son entreprise, la Nu Metro Entertainment Group, pour venir poser ses bagages à Los Angeles. C’est donc en 1992 qu’il fonde Nu Image, société de production qui se focalise dans un premier temps sur le marché de la vidéo. Les films d’action, d’horreur et de science-fiction s’enchaînent à un rythme effréné et ont tous pour points communs d’êtres des productions cheaps, façonnées avec des budgets riquiqui et uniquement destinées à amasser de l’argent, réinvesti immédiatement dans d’autres séries B ou parfois Z.
Malgré l’aspect fauché et le manque cruel d’originalité des titres produits, Nu Image obtient pourtant un succès non négligeable, notamment grâce à la démocratisation des ventes de DVD. En effet, ces produits destinés au marché de la vidéo allaient connaître une distribution d’une certaine ampleur à travers les chaînes locatives et leur mise à disposition à prix réduit chez les revendeurs discount et autres grandes surfaces. Succès qui leur a permis par la suite de fonder, dès 1996, Millenium Films, branche destinée à redorer un peu l’image de la boîte en produisant des films à budgets plus conséquents, pouvant prétendre à une sortie en salle. Le rythme des sorties a aujourd’hui un peu diminué, mais les séries B comme le futur Shark in Venice cohabite aux côtés du dernier volet de la tétralogie Rambo : John Rambo. Comme quoi…
Il va tout de même falloir attendre 1999 pour que Nu Image se lance dans le vaste genre des animaux tueurs, et dont les films les plus connus de ce cycle sont certainement les trois Shark Attack (et leurs petits frères). Quelle est la recette de Nu Image dans le domaine du film de croque ? C’est simple, ces derniers ne font que de reproduire à moindre échelle les cartons des années (ou décennies) précédentes, s’inspirant par exemple de Les Dents de la mer (1975), Le Monstre vient de la mer (1955) et Tarantula! (1954) pour produire Shark Attack, Octopus et Spiders.
Si Shark Attack (1999, Bob Misiorowski) demeure une production bâclée, mollassonne, ne présentant que peu d’attaques de requins et remplie de nombreux stock-shots animaliers, Octopus (2000, John Eyres) sera lui par contre un peu plus réussi. Même si nous sommes très loin des modèles du genre, il règne dans ce film un petit côté agréable malgré de nombreux défauts : acteurs risibles, dialogues crétins, décors minimalistes, incohérences à la pelle et effets spéciaux moyens, ce qui, vous en conviendrez, commence à faire pas mal. Spiders (1999) quant à lui s’avère être une bonne petite surprise, une série B tout ce qu’il y a de plus honnête, gommant au passage quelques défauts communs à toutes les autres productions de la boîte jusque-là (mais pas tous, attention, il reste largement de quoi se lamenter !). Gary Jones nous offre ici de quoi nous divertir : des grosses araignées velues attaquant une ville, quelques passages bien sanglants et de l’action bien bourrine à travers quelques références à des films comme Tarantula! (1955) ou encore King Kong (1933). Ici, les effets spéciaux sont perfectibles, mais assez réussis compte tenu du budget alloué au film, et la plupart d’entre eux sont réalisés numériquement. Si nous sommes très loin du photoréalisme de Jurassic Park (1993), cela prouve bien que malgré de faibles moyens, cette technique était désormais accessible à tous. Nu Image réussit même à embaucher Tobe Hooper qui va réaliser pour eux Crocodile (1999), un film soporifique et sans intérêt, mélange insipide de teen movie classique et de slasher animalier de par les quelques attaques d’un crocodile pataud, dans des scènes où la violence et la tension sont totalement absentes.
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| Spiders (1999) | Octopus (2000) |
Les bases de toute une série de titres à venir étaient posées.
Quittons les années 90 pour nous tourner vers les arachnides dont les glandes à venin ne demandent qu’à s’exercer un peu. Remarquons ici que les araignées réelles ont disparu des écrans, et nous assistons au retour de la démesure des années 50 et ses insectes géants. Malheureusement, aucune de ces productions récentes n’arrive à la cheville de Tarantula! et consorts. C’est encore une fois Nu Image qui va ouvrir le bal, en donnant une suite à son sympathique Spiders. Cependant avec Spiders II : Breeding Ground (2001), de Sam Firstenberg on touche le vraiment le fond. Outre le fait que le film soit affligeant et très ennuyeux, les acteurs se montrent insupportables, les effets spéciaux sont bâclés et le récit va finir de nous achever avec ses rebondissements successifs à la Scoubidou. Pourtant, cette histoire de laboratoire secret dissimulé sur un cargo, et les expériences étranges menées dans celui-ci, aurait pu donner lieu à un huis clos de bonne tenue.
Une fois encore les squales vont être les vedettes du genre, le nombre de productions leur étant alloué étant relativement important. Si Nu Image continue dans sa lancée, et va proposer après son Shark Attack bon nombre des films tentant d’exploiter le filon, quelques projets un peu plus ambitieux, sans être forcément plus réussis vont voir le jour. Comme pour les araignées, ici aussi on choisit de nous offrir quelque chose d’un peu moins banal qu’un vulgaire requin blanc, qui n’effraie plus personne aujourd’hui (sic !), c’est bien connu. Nous allons alors assister au débarquement de bon nombre de megalodons (ancêtre préhistorique du requin), et de requins génétiquement modifiés. Plus forts, plus sournois, plus rapides, attaquant parfois en groupe de manière intelligente… ou tout ça en même temps, bref tous les scénaristes vont y aller de leur petite idée dans la surenchère, nous proposant au final de quoi nous occuper pour un bon moment.
David Worth réalise donc Shark Attack 2 (2000) et Shark Attack 3 : megalodon (2002), deux productions qui suivent la voie tracée par le premier volet tout en se voulant plus violentes et plus impressionnantes. Il était difficile de faire pire que le premier, et nous nous retrouvons donc tout juste avec deux mauvais films, parfois sanglants, parfois intéressants, mais qui valent surtout le coup d’œil pour les fous rires qu’ils provoquent grâce à des situations, des dialogues et des effets spéciaux complètement loupés. Dans la série comment ne pas mentionner Shark Zone (2003, Danny Lerner), carnage sympathique en ce qui concerne le nombre de morts très élevé, mais malencontreusement toujours aussi peu inspiré et mal foutu que ses confrères. Lerner récidive d’ailleurs peu de temps après avec Raging Sharks, plagiat honteux de Deep Blue Sea (1999) se déroulant dans le triangle des Bermudes. stock-shots à gogo, incohérences abyssales, bref encore une fois, pas grand-chose de potable à se mettre sous la dent.
Les pieuvres ne sont pas en reste, puisque Nu Image nous concocte une suite à Octopus, intitulée Octopus 2 : River of Fear (2002, Yossi Wein). S’inspirant énormément de It Came from Beneath the Sea (1955) et de The Beast (1996), cette séquelle est ennuyeuse, remplie d’incohérences en tout genre, met en scène des acteurs qui jouent aussi bien la comédie qu’un plat de calmars. Octopus 2 se paye en plus le luxe d’être radin en scènes d’action et d’attaques animales. Un comble ! Quelques trucages potables viennent contrebalancer ce triste constat, les effets spéciaux mélangeant allègrement une pieuvre en images de synthèse à des tentacules caoutchouteux assez crédibles, mais l’ensemble demeure très mal intégré au reste et est animé de bien piètre façon.
Réalisée par Gary Jones, une autre suite va voir le jour. Il s’agit cette fois-ci de Crocodile 2 : Death Swamp, qui contrairement aux seconds volets de la série Octopus et Spiders surpasse largement son prédécesseur. Cette course-poursuite dans des marécages entre un énorme crocodile tueur et les survivants d’un crash aérien Par contre, s’avère plutôt divertissante. Le récit rythmé, parsemé de séquences de croque parfois assez sanguinolentes permet d’être un peu plus tolérant quant aux effets spéciaux pas toujours très réussis. Car si les trucages mécaniques sont relativement crédibles, il n’en est pas de même concernant leurs homologues numériques, encore une fois vraiment pitoyables, ce qui est presque une constante chez Nu Image…
Rejoignons Tibor Takács, qui sur la terre ferme allait produire Rats (2003). Une production agréable, qui malgré des effets numériques pas toujours convaincants, parvient à maintenir une ambiance assez sombre, les décors de son asile d’aliénés y étant pour beaucoup. Les influences du réalisateur sont facilement décelables, mais ce dernier parvient tout de même à s’en détacher afin de nous offrir une histoire qui tient la route, parsemée de nombreuses attaques et nous offrant une belle performance de son actrice principale Sara Downing, confrontée à la fois aux rongeurs meurtriers et au directeur de l’asile campé par Ron Perlman.
Mais finit la rigolade, Nu Image passe à la vitesse supérieure et annonce une collection à venir, sobrement intitulée « Génération Mutants », dont le premier titre, Larva (2005, Aka Morphman), fait plutôt bonne impression. Sanglant et rythmé, Tim Cox livre ici un film généreux qui parvient à faire oublier ses nombreux défauts. Puis c’est au tour de Mansquito (2005) de Tibor Takács d’entrer dans l’arène. Et là encore, le film tient agréablement la route. Si l’ensemble manque sérieusement de budget et d’originalité, le réalisateur se contentant d’une relecture bourrine et crétine de La Mouche (1986), un rythme soutenu, des effets spéciaux réussis et un casting pas trop mauvais permettent de hisser le tout dans la bonne moyenne des films de monstres contemporains à petit budget. Ça commence par contre à se gâter avec les deux titres suivants de la collection dédiée aux mutants, The Snake King (2005, Aka Snakeman) et Hammerhead : Shark Frenzy (2005, Aka Sharkman). Si le premier est une pâle copie d’Anacondas (2004) et met en scène un énorme serpent à multiples têtes histoire d’en mettre plein la vue, seuls quelques séquences et d’assez beaux paysages donnent un peu d’intérêt à l’ensemble. Le second, à la manière de Mansquito, se rapproche davantage de la thématique abordée par la collection : la mutation. Dans Sharkman de Michael Oblowitz, il est question d’un homme-requin issu d’une manipulation génétique, qui va bien entendu péter un câble et se mettre à la recherche de chair fraîche afin de rassasier son petit ventre qui crie famine, récit s’inspirant dans les grandes lignes du téléfilm Créature (1998) de Stuart Gillard. Effets spéciaux ringards, acteurs à la ramasse, personnages amorphes, tous les ingrédients d’une mauvaise production Nu Image sont présents, et Sharkman en devient vraiment imbuvable…
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| Sharkman (2005) | Mansquito (2005) |
Pour quelques titres, Nu Image collabore dorénavant avec Sci-Fi Channel, chaîne câblée américaine qui coproduit et diffuse le fruit de cette alliance. Sci-Fi Channel étant un autre ambassadeur des séries B fauchées et stupides mettant en scène divers animaux tueurs, monstres légendaires et créatures ridicules, les amateurs de téléfilms d’horreur de deuxième partie de soirée ont encore de quoi assouvir leur boulimie de nanars et autres navets. Mais parfois, le sentiment de regarder une production pas trop daubée refait surface, comme c’est le cas avec Kraken : Tentacles of the Deep (2006), de Tibor Takács (et oui, encore lui). Malgré ses contraintes budgétaires qui se ressentent fortement à l’écran, notamment via des effets spéciaux risibles, le réalisateur parvient à maintenir le spectateur éveillé et attentif. L’histoire mêle chasse au trésor et monstre géant, deux thèmes chers aux films d’agressions animales, et si tous les clichés propres au genre sont réunis ici, l’ensemble demeure tout de même assez divertissant. La balance pèse par contre du côté du médiocre en ce qui concerne Gryphon (2007) d’ Andrew Prowse, et son monstre légendaire dont la tête tient plus de celle d’un pigeon halluciné que d’un aigle aux yeux perçants. Trucages numériques lamentables, acteurs aussi expressifs que des amibes, histoire d’une banalité absolue, bref tous les ingrédients sont réunis pour donner à Gryphon un petit goût de volaille faisandée. Heureusement, Tibor Takács va une nouvelle fois relever un peu le niveau avec un serpent géant cette fois-ci. Sous le titre franchement débile de MegaSnake (2007), qui a au moins le mérite de ne pas mentir quant au contenu du film, nous assistons à un spectacle plutôt jouissif, et à l’une des toutes meilleures productions Nu Image. Bien entendu les défauts soulevés tout au long de l’article sont, à plus ou moins forte dose, toujours valables ici, Nu Image a quand même son image à entretenir, et faire un bon film entacherait un peu la légende.
Loin d’abandonner les animaux tueurs, Nu Image revient à ses premiers amours, et nous concocte un petit Sharks in Venice qui fleure bon le grand n’importe quoi, bref la vie continue…
Carcharoth, le 07/02/2008
Pour compléter la lecture de cet article, il est conseillé de jeter un œil au texte Les éléments (quasi) obligatoires et autres clichés propres au genre, qui se marie à merveille avec les productions Nu Image.
Le site web de Nu Image est accessible via cette URL : http://www.nuimage.net




Un article très utile et instructif.
Je me permets de rajouter Crocodile 2, dont il n’est pas fait mention, qui s’avère plutôt sympathique et figure parmi les quelques “réussites” de Nu Image.
En effet, j’avais oublié de mentionner ce titre qui comme tu le dis, est à mettre dans le panier des meilleures productions Nu Image. Voila qui est réparé ! Merci de ta relecture et de ton commentaire en tout cas.
De rien. Je suis l’un de vos plus grands fans…
Continuez comme cela.