Animaux tueurs au cinéma : Les années 80 : première partie : les crocodiles sont lâchés

L'Incroyable Alligator (1980)Si jusque-là les requins régnaient en maîtres dans le monde des films d’animaux tueurs, volant la vedette à de nombreuses autres espèces prédatrices, l’ordre des crocodiliens allait également se révolter et parvenir sur nos écrans. Parmi les reptiles, ce sont les serpents qui avaient gagné la faveur des scénaristes, mais les puissantes mâchoires des crocodiles ainsi que le réel danger qu’ils peuvent représenter pour l’homme allaient envahir les scripts durant les années 80, généralement pondus par des auteurs toujours aussi peu inspirés. C’est en 1979 que Sergio Martino allait de son côté opter pour un crocodile comme fauteur de troubles dans une région tropicale… où bien entendu des investisseurs étrangers veulent implanter un hôtel sans se soucier de l’impact que cela pourrait avoir sur la vie alentour . Martino signe avec Le Dieu alligator une production agréable, dont les effets spéciaux pas toujours très réussis sont rapidement occultés par la présence de la belle Barbara Bach.
Qui ne connaît pas la fameuse légende urbaine faisant part de la présence d’alligators dans les égouts de New York (ou par extension, de n’importe quelle ville) ? C’est cette histoire qui va servir de point de départ au film L’Incroyable alligator (1980) de Lewis Teague. L’achat d’un bébé alligator par une famille, qui va ensuite s’en débarrasser en le jetant dans la cuvette des toilettes sert à introduire ce qui s’avère être une excellente série B. Malgré un développement assez classique, la présence d’un énorme alligator dans un environnement urbain permet au réalisateur de nous concocter un spectacle jubilatoire, sans oublier pourtant de donner à l’ensemble une ambiance assez sombre. Ce climat, propice à la mise en place d’une tension progressive, est plutôt maîtrisé, et se voit couronner par des séquences rythmées, ponctuées de belles effusions de sang et d’un humour relativement efficace. Lewis Teague nous délivre ici l’un des meilleurs ersatz de Les Dents de la mer, quelques années avant de réaliser l’excellent Cujo (1983), inspiré d’un roman de Stephen King. Une suite assez décevante à l’Incroyable alligator verra le jour au début des années 90, Alligator 2 : la mutation (1991), sur laquelle je reviendrais plus tard.

Les Dents de la mort (1987) Crocodile Evil (1985)
Les Dents de la mort (1987) Crocodile Evil (1985)

Crocodile (1981)20 ans avant que Black Water (2007) et Rogue (2007) ne débarquent sur les écrans, l’Australie nous avait déjà gratifiée d’un crocodile tueur de taille plus qu’imposante. Pourtant, cette fois-ci le réalisateur Arch Nicholson choisit une approche un peu plus originale que la plupart des films de croque. L’énorme animal tueur est en effet vénéré par de nombreuses tribus locales, qui tentent tout pour protéger l’animal des braconniers et autres chasseurs un peu moins sympathiques que Crocodile Dundee. Sans être exempt de défauts, Les Dents de la mort (1987) se trouve pourtant être une petite bisserie des plus agréables à suivre. Les producteurs et réalisateurs italiens, qui ne sont jamais loin quand un filon cinématographique semble pointer le bout de son nez, vont aussi se lancer dans les films de crocodiles à travers un nanar des plus savoureux : Killer Crocodile (1989), que l’on doit à Fabrizio De Angelis. Production peu inspirée, s’inspirant sans se cacher du célèbre Les Dents de la Mer, Killer Crocodile amasse les tares à tel point qu’il en devient hautement ridicule. Acteurs déplorables, situations aussi absurdes que les dialogues, effets spéciaux bricolés, le film n’en demeure pas moins un petit plaisir coupable de part la taille démesurée de l’animal tueur, l’aspect effrayant de ce dernier, et les quelques effets gores assez sanglants. À noter que le script propose une petite idée sympathique, une piste assez peu explorée dans les films d’agressions animales, celle faisant intervenir un groupe d’écologistes voulant à tout prix protéger l’animal malgré les massacres perpétrés. Celui-ci pourrait en effet être le seul et unique représentant d’une espèce devant sa mutation anormale à des produits radioactifs, qu’il serait préférable d’observer et d’analyser plutôt que d’en faire du pâté. Le célèbre maquilleur Giannetto De Rossi, ayant entre autres travaillé sur L’Enfer des Zombies, L’Au-delà, Cannibal Apocalypse, et bien évidemment Killer Crocodile, décide dans la foulée de réaliser une suite aux aventures de l’énorme reptile en carton-pâte. Même casting, effets spéciaux identiques et histoire usitée analogue, bref rien de bien neuf à l’horizon si ce n’est que Killer Crocodile 2 (1990) parvient à être bien moins réussi et amusant que son prédécesseur.

Prochaine étape de ce tour du monde des productions dédiées aux crocodiliens tueurs : Hong Kong. Un arrêt obligatoire pour découvrir l’un des films les plus improbables ayant vu le jour : Crocodile Fury (1988). Véritable concentré de tout ce qu’il ne faut pas faire au cinéma, patchwork incompréhensible et hautement hypnotisant, Crocodile Fury demeure l’un des mètres étalon du nanar. Difficile en deux lignes de décrire l’expérience unique qui résulte de la vision d’une telle production, le mieux étant encore de jeter un œil à la critique disponible sur Agressions animales. Un peu moins farfelu, mais tout de même étrange en son genre (qui propose aussi, à l’instar de Crocodile Fury, un reptile volant), Crocodile Evil (1985) mérite le coup d’œil ne serait-ce que pour y dénicher des sorciers hallucinés, une personne qui vomit des bébés crocodiles et le viol d’une jeune femme par un reptile lubrique.

Crocodile Fury (1988) Killer Crocodile (1989)
Crocodile Fury (1988) Killer Crocodile (1989)

Terminons enfin note voyage en Thaïlande avec Crocodile (1981) de Sompote Sands et sa mise en scène totalement décousue. Une petite curiosité mal fagotée, qui nous présente un animal destructeur prenant un malin plaisir à défoncer des maquettes et à croquer des figurants de bien piètre manière.
Magie, amourettes et aventures sont au menu des deux Krai Thong, sobrement intitulées Krai Thong (1980) et Krai Thong 2 (1985). Productions mettant en scène le courageux Krai Thong, chasseur émérite, qui va tenter de venir à bout de l’ancienne légende thaïlandaise nommée Shalawan, un homme cruel capable de prendre la forme d’un crocodile pour le moins monolithique. À noter que Crocodile Fury comporte des séquences entières facétieusement dérobées à Krai-Thong 2.

Carcharoth, le 17/02/2008

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