Biographie de René Cardona Jr.

René Cardona Jr., 11 Mai 1939 – 5 Février 2003

René Cardona Jr.Si certains sont boulangers ou bouchers de père en fils, chez les Cardona c’est le milieu du cinéma qui est le dénominateur commun à trois générations d’acteurs, scénaristes, réalisateurs et producteurs. Né au Mexique en 1939, c’est sans surprises que René Cardona Jr. va suivre les traces de son père, le prolifique René Cardona, qui offrira d’ailleurs à son fils ses premiers rôles en tant que comédien. Schéma qui se répétera d’ailleurs bien des années plus tard pour le petit-fils René Cardona III, qui fera ses premières armes devant la caméra de Cardona Sr., avant lui aussi d’embrasser une carrière de cinéaste bien plus étoffée.
Véritable touche-à-tout extrêmement productif, René Cardona Jr., comme le reste des hommes de sa famille, va faire profiter le monde du cinéma mexicain d’un nombre hallucinant de productions. Pas toujours très réussies ni très originales, ces dernières sont pourtant généralement assez bien ficelées, et Cardona Jr. sait parfaitement s’adapter à des budgets souvent restreints afin d’offrir des séries B honnêtes (du côté technique tout du moins). S’il s’intéresse à tous les genres (comédie, action, aventure, western, drame, etc.), le cinéma fantastique occupe cependant une très grande partie de sa filmographie.

Tintorera du sang dans la merAprès ses débuts en tant qu’acteur dans les films de son père et d’autres métrages mexicains plus ou moins obscurs, ce dernier se tourne vers l’écriture (environ cinquante titres), la réalisation (plus de quatre-vingt-dix films !) et la production (une vingtaine). S’il débute toutes ces activités durant les années 60, c’est dans les 70’s que la carrière de Cardona Jr. va commencer à décoller, avant de véritablement « exploser » durant les 80’s et 90’s, notamment grâce à sa série à succès intitulée Holiday Laughs . L’homme n’hésite pas à céder régulièrement aux excès de sang et de sexe propres à de nombreuses productions qui inondent les écrans dans les folles années 70, et ira même jusqu’à employer des séquences généralement réservées aux Mondo dans Tintorera ou Beaks, se permettant d’inclure des mises à mort animales dans ses récits. Cardona Jr. ne recule devant rien, et tout comme son père, il s’adonne sans aucune honte à la mise en chantier de rip-offs. Il n’est pas toujours aisé de gagner de quoi remplir sa gamelle, alors pourquoi se priver de pomper des idées à droite et à gauche, plus généralement de films à succès, histoire d’assurer un minimum de rentabilité ? Il suffit ensuite au réalisateur de dénuder un peu les actrices histoire d’intégrer quelques séquences un peu olé olé, et hop le tour est joué !
Malgré tout cela, l’homme parvient à s’assurer par moments les services d’acteurs et techniciens d’envergure internationale, même si en général, outre la famille, Cardona Jr. préfère travailler avec quelques comédiens « fétiches ». C’est pourquoi les noms d’Hugo Stiglitz ou d’Andrés García apparaissent si fréquemment aux génériques des productions du réalisateur mexicain. L’homme a également travaillé comme assistant-réalisateur sur Sierra torride de Don Siegel, ou produit le film Santa Sangre d’ Alejandro Jodorowsky, sans doute les deux lignes les plus vendeuses de son curriculum vitae. Les infos sur le bonhomme étant plutôt rares, revenons plutôt à ce qui nous intéresse particulièrement ici : les séries B sympathiques, et surtout ses titres liés aux productions d’animaux tueurs.

Cyclone (1978) Le Mystère du triangle des Bermudes (1977)
Cyclone (1978) Le Mystère du triangle des Bermudes (1977)

Cyclone (1978)René Cardona Jr. propose dès 1972 une histoire de serial killer des plus tarabiscotés dans le ridicule Cats, aussi connu sous les titres français Les Chats tuent la nuit ou encore Les Griffes du démon. Il est question ici d’un riche play-boy solitaire, joué par Hugo Stiglitz, cachant un terrible secret. Il collectionne en effet des têtes de femmes, qu’il décapite après les avoir dragués avec la finesse d’un gros beauf bien macho. Jusque-là, les félins du titre se montrent bien discrets. C’est tout simplement, car ces derniers sont enfermés dans un enclos bien dissimulé. 1000 chats attendent patiemment les restes des corps sans têtes, des matous élevés à la chair humaine qui ne resteront pas tranquilles bien longtemps. Un film par moments consternant, par moments troublant, qui malheureusement peine à convaincre tant les incohérences et les passages risibles prédominent sur le reste. Le réalisateur mexicain enchaîne les films, parmi lesquels Le Gorille et l’enfant (1977), où l’histoire d’un nourrisson abandonné qui se retrouve sauvé et élevé par Kira, un énorme chimpanzé qui lui apprend ainsi à survivre dans la forêt. Toute ressemblance avec l’histoire de Tarzan serait ici assurément fortuite ! Après avoir livré sa propre adaptation d’une histoire qui n’est pas sans rappeler celle de Tarzan donc, c’est cette fois-ci un film adapté d’un roman de Peter Benchley qui va servir de point de départ à Tintorera : du sang dans la mer et son requin-tigre tueur. Steven Spielberg a connu avec Les Dents de la mer le succès que l’on sait, il n’en fallait donc pas plus à bon nombre de réalisateurs de se lancer dans la course au pognon. René Cardona Jr. offre sa propre réponse à Jaws avec Les Dents d’acier, une vision nigaude, érotique et particulièrement ennuyeuse du film de requin, qui offre heureusement quelques séquences d’attaques particulièrement réalistes. Hugo Stiglitz et Andrés García sont évidemment de la partie, et peinent à surnager dans une production qui sans les requins et les insoutenables scènes de mise à mort de ces derniers, pourrait n’être qu’un vulgaire porno-soft. Pas inoubliable, mais à découvrir tout de même.

Après avoir adapté les écrits de Charles Blair pour les besoins de son père lorsqu’il réalisa Survivre (1976), un film glauque relatant les faits de cannibalisme suite au crash d’un avion dans les Andes, Cardona Jr. décide d’adapter cette histoire à sa sauce et réalise Cyclone courant 1978. Il signe avec cette histoire d’anthropophagie, dans laquelle les requins n’ont finalement qu’un rôle secondaire, l’un de ses meilleurs films. S’ensuit la sortie de Le Mystère du triangle des Bermudes (1977), avec lequel Cardona Jr. s’attaque à un autre sujet bien en vogue durant les années 70. Un film assez anecdotique et ennuyeux, et qui malgré quelques idées sympathiques s’avère assez pénible à suivre. Bien plus réussi, Les Diamants de l’Amazone débarque en 1985. Un “jungle movie” mêlant indiens coupeurs de têtes, animaux dangereux, trésor disparu, anciens nazis et autres petites surprises dans un récit d’aventures des plus divertissant mettant en scène Stuart Whitman, aperçu entre autres dans Les Rongeurs de l’Apocalypse (1972) et Donald Pleasence, ayant déjà affronté un animal tueur dans La Nuit de la panthère (1977).
C’est en 1987 que le réalisateur s’atèle à mettre en scène une version excessive et sanglante de Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock au travers d’ El Ataque de los pájaros. Les attaques s’enchaînent ici à un rythme effréné, et les volatiles n’hésitent pas à réduire en charpie les pauvres victimes qui s’effondrent sous les violents coups de bec. Une série B des plus plaisante dans le genre des films catastrophes animaliers qui mérite réellement d’être découverte.

Birds of Prey (1987) Les Chats tuent la nuit (1972)
Birds of Prey (1987) Les Chats tuent la nuit (1972)

Difficile de trop s’appesantir sur la carrière de René Cardona Jr. tant celle-ci s’avère riche et variée, mais force est de constater qu’un tel investissement mérite le respect. Le réalisateur mexicain à consacré sa vie à offrir au public des films pas toujours très originaux ni très bien finalisés, mais dont les séries B touchant au fantastique ont de quoi satisfaire bon nombre d’amateurs de productions à petit budget. René Cardona Jr. s’est éteint le 5 février 2003 dès suite d’un cancer.

Carcharoth le 22/04/2008

Voir la fiche Imdb de René Cardona Jr.

Filmographie sélective :

Birds of Prey (1987)
Les Diamants de l’Amazone (1985)
Guyana: Crime of the Century (1979)
Cyclone (1978)
Le Mystère du triangle des Bermudes (1977)
Le Gorille et l’enfant (1977)
Tintorera : du sang dans la mer (1977)
Les Chats tuent la nuit (1972)
Robinson Crusoé et le tigre (1970)

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