Animaux tueurs au cinéma : Les années 80, troisième partie : chiens méchants
Après les meutes de chiens agressifs et les toutous possédés des années 70, les productions mettant en scène les canidés tueurs n’allaient pas s’arrêter en si bon chemin. Quelques titres mineurs vont ainsi cohabiter avec des films autrement plus réussis et/ou ambitieux. Si There Was a Little Girl (Aka Madhouse, 1981), réalisé par Ovidio G. Assonitis (Tentacules, Piranha II : les tueurs volants, etc.), n’est pas des plus innovants, cette histoire de chien utilisé comme une machine à tuer par une personne mentalement dérangée offre tout de même quelques frayeurs bien senties. L’homme nous offre ici un film honnête dans lequel la folie côtoie la mort au travers de quelques scènes assez plaisantes. Dommage que l’ensemble s’apparente bien plus à un slasher qu’a un film d’agression animale, mais Madhouse n’en demeure pas moins efficace. Un autre récit basé sur la vengeance est également à l’origine de Play Dead (1986), production à petit budget distribuée par la firme Troma. Rien d’intéressant ici à se mettre sous les crocs tant tout y est lent et aseptisé, d’autant plus qu’une seule attaque du chien en question est à recenser, l’animal se contentant sinon de dissimuler les meurtres derrières des accidents domestiques dont il est à l’origine. L’influence de La Malédiction (1976) se fait ressentir tout au long du film, qui n’est finalement guère plus digeste que l’abominable Les Chiens de l’Enfer (1978) de Curtis Harrington.
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| Baxter (1989) | There Was a Little Girl (1981) |
Avec un titre comme Rottweiller : les chiens de l’Enfer (Aka Dogs of Hell, 1982), difficile dans un premier temps de ne pas songer aux tentatives ratées dont il est question ci-dessus. Heureusement, il n’est plus question ici de chiens démoniaques, mais bel et bien de bons vieux molosses entrainés par l’armée, qui vont malencontreusement se retrouver à gambader près d’une petite communauté rurale dont les habitants se retrouvent dépassés par les évènements. Une série B des plus classique donc, avec des rottweillers menaçants qui n’hésitent pas à faire travailler leurs puissantes mâchoires, mais qui peine pourtant à démarrer et manque un peu de mordant. Il va en effet falloir patienter jusqu’à la dernière partie de la bobine afin d’assister à des attaques féroces et sanglantes. Avant cela il faut s’armer de courage pour ne pas stopper le visionnement de ce film au rythme assez lent et un peu trop sage, usant abusivement de mises à mort hors-champ. Reste cependant à saluer l’efficacité des effets spéciaux (malgré quelques trucages un peu trop approximatifs ) et des maquillages, que l’on doit respectivement à Fred Olen Ray (L’attaque des fourmis géantes, Tomb of the Werewolf, Face aux serpents, etc.) et Jeff Goodwin. Approche également des plus classiques en ce qui concerne Girls Night Out, second segment de l’anthologie horrifique titrée After Midnight (1989), qui met simplement en scène un groupe de copines sortant en boite de nuit, et qui finissent par se retrouver pourchassées par un taré et ses chiens dans une sinistre zone industrielle. Rien de mémorable, mais dans l’ensemble ce récit se suit plutôt bien malgré un manque certain de bestialité.
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| Dressé pour tuer (1982) | Rottweiller : les chiens de l’Enfer (1982) |
Bien plus intéressant et original, Baxter (1989), réalisé par Jérôme Boivin, fait parti de ces films un peu en marge du genre, mais qu’il serait dommage de ne pas mentionner. Baxter est un chien hideux et jaloux, un animal assez cynique, qui pense, et qui ne se gênera pas pour éliminer ceux qui pourraient se mettre en travers de ses aspirations. Production française très noire, qui frôle le malaise par moments, c’est à travers les yeux d’un chien cruel et la voix de Maxime Leroux que le bestiau nous dépeint un portrait guère reluisant de l’être humain et de la société. Unique en son genre, Baxter reste une oeuvre fantastique qui distille une angoisse palpable tout au long du récit jusqu’à un final sombre au possible. À découvrir absolument si cela n’est pas déjà fait.
C’est cependant du côté des adaptations littéraires qu’il va falloir se tourner pour dégotter les films les plus réussis du genre en cette décennie. Le plus réussi demeure sans conteste Dressé pour tuer (Aka White Dog, 1982) de Samuel Fuller. Film adapté du roman Chien blanc écrit par Romain Gary, qui traite du sujet assez sensible qu’est le racisme. Contrairement au roman dans lequel le chien tient un rôle plus que secondaire, Fuller choisit de le mettre au centre de son histoire. Le film nous raconte comment une jeune femme décide de soigner et de garder l’animal qu’elle a renversé en voiture. Ce dernier va cependant en profiter pour s’échapper régulièrement de chez elle, avant de revenir une fois sa soif de violence rassasiée. White dog étant en effet le surnom donné aux chiens dressés pour attaquer les personnes noires, peu de doutes subsistent quant au but des escapades de l’animal. La découverte de cette forme de dressage par sa nouvelle maîtresse va entraîner une rééducation plutôt difficile. Un défi que seul un dresseur noir accepte de relever, et qui obtiendra par ailleurs un résultat assez différent de ce qui était prévu… Fuller signe ici un très grand film, rythmé, intelligent, féroce et effrayant, jouant dans un premier temps sur les liens profonds qui se tissent entre Kristy McNichol, qui excelle dans son rôle, et ce fameux chien, mais aussi sur la sauvagerie des attaques perpétrées par l’animal, avant de se pencher sur sa rééducation difficile au dénouement tragique.
L’autre poids lourd du genre prend forme sous les traits d’un gentil Saint-Bernard nommé Cujo (1983). Adapté du roman éponyme de Stephen King, le film est porté à l’écran par Lewis Teague, réalisateur de l’excellente série B titrée L’Incroyable Alligator (1980). Si le récit tenait très bien la route sous forme écrite, il était cependant difficile d’imaginer qu’un film avec, si je schématise un peu, deux personnages, un chien enragé et comme lieu unique un parking désert au centre duquel se trouve une voiture, tienne réellement en haleine le spectateur. Le réalisateur allait pourtant relever le défi de belle manière, parvenant à maintenir un climat d’angoisse tenace, du début de l’agression jusqu’au dénouement final. On assiste impuissant aux assauts sauvages de l’animal, désireux de croquer un peu de chair tendre, alors que la mère de famille, piégée dans sa voiture avec son enfant sera la proie de la terreur, de la soif et de la fatigue. Par pur instinct de conservation celle-ci deviendra alors aussi enragée que le chien, prémices de l’affrontement entre deux monstres l’espace d’un instant d’une rare violence. Une réalisation nerveuse entrecoupée de scènes plutôt spectaculaires, Cujo se révèle être malgré quelques petits détails perfectibles un film suffocant à l’ambiance désespérée et accablante.
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| Cujo (1983) | Girls Night Out (1989) |
Carcharoth le 17/06/2008





